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Les émeraudes de Colombie : le guide complet

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- Par Vincent Renault
- Lecture · 15 min
- Mis à jour
La Colombie est le premier producteur mondial d'émeraude en valeur. Ses pierres viennent de la Cordillère orientale, au nord de Bogotá, réparties en deux ceintures minières dans les départements de Boyacá et de Cundinamarca.
Leur singularité est géologique : contrairement à presque tous les autres gisements du monde, les émeraudes colombiennes ne naissent pas au contact d'un granite mais dans des schistes noirs sédimentaires, sous l'action de saumures chaudes. Cette genèse explique leur vert chaud pauvre en fer, leurs inclusions triphasées, la présence de parisite et l'existence des émeraudes trapiche.
Nous achetons nos pierres sur place, à Muzo, Chivor et Coscuez. Vous pouvez consulter nos émeraudes de Colombie certifiées disponibles.
Toutes les émeraudes du monde naissent de la rencontre improbable entre deux mondes chimiques. La Colombie est le seul endroit où cette rencontre s'est faite sans granite.
On présente souvent l'émeraude colombienne par son prestige, ses rois, ses conquistadors. C'est vrai, mais cela masque l'essentiel : si elle domine le marché depuis cinq siècles, c'est d'abord pour une raison scientifique. Sa formation est un accident géologique qui ne s'est produit nulle part ailleurs à cette échelle. Tout le reste, la couleur, les inclusions, les trapiches, le prix, découle de là.
Pourquoi l'émeraude de Colombie est unique au monde
Pour qu'une émeraude existe, il faut réunir deux familles d'éléments qui, dans la nature, ne se croisent presque jamais. Le béryllium, indispensable au béryl, se concentre dans les roches granitiques de la croûte continentale. Le chrome et le vanadium, qui donnent le vert, se trouvent dans les roches profondes, basiques et ultrabasiques.
Partout ailleurs dans le monde, en Zambie, au Brésil, en Afghanistan, au Pakistan, cette rencontre se fait par contact : une intrusion granitique vient au contact de roches riches en chrome, et les émeraudes cristallisent à la frontière, dans des micaschistes. On parle de gisements de type schist-hosted.
En Colombie, il n'y a pas de granite. Les émeraudes se sont formées dans des roches sédimentaires, des schistes noirs déposés au fond d'un bassin marin, sous l'action de fluides salés très chauds. C'est ce que les géologues appellent un gisement de type colombien, et il constitue à lui seul une catégorie dans la classification mondiale des gisements d'émeraude.
Cette genèse sans granite explique la faible teneur en fer des émeraudes colombiennes. Or le fer refroidit le vert et le tire vers le bleuté ou le grisâtre. Moins de fer donne un vert plus chaud et plus lumineux. Ce n'est pas une légende commerciale, c'est de la chimie, et c'est mesurable en laboratoire.
Comment se forment les émeraudes en Colombie
Le mécanisme est aujourd'hui bien documenté. Il se déroule en plusieurs temps, sur des dizaines de millions d'années.
Au Crétacé inférieur, il y a environ 130 à 125 millions d'années, se déposent au fond d'un bassin marin des schistes noirs riches en matière organique, intercalés de calcaires dolomitiques. Ce sont les formations géologiques de Rosablanca et Paja, qui constituent la roche hôte de tous les gisements colombiens. Ces schistes contiennent déjà, en traces, le chrome et le vanadium hérités de l'érosion de reliefs anciens.
Bien plus tard, au Paléogène, entre 66 et 23 millions d'années environ, la formation de la Cordillère des Andes soumet ce bassin à une phase de compression. Des failles se forment, la roche se fracture et se brèche. Par ces fractures circulent des saumures, des fluides extrêmement salés issus de la dissolution de couches d'évaporites, chauffés autour de 300 °C.
Ces saumures transforment chimiquement les schistes noirs qu'elles traversent. Elles provoquent leur albitisation, leur carbonatation et leur pyritisation, et lessivent au passage le béryllium, le chrome et le vanadium contenus dans la roche. Une réaction clé intervient alors : la réduction thermochimique des sulfates, au cours de laquelle la matière organique des schistes réagit avec les sulfates des saumures.
Cette réaction précipite, dans les veines ouvertes par la fracturation, un cortège minéral caractéristique : de la pyrite, de la calcite, de la dolomite, et de l'émeraude. C'est la raison pour laquelle on retrouve exactement ces mêmes minéraux, quelques millions d'années plus tard, en inclusions à l'intérieur des pierres.
Les saumures issues des évaporites traversent les schistes noirs fracturés, en lessivent le béryllium, le chrome et le vanadium, et précipitent l'émeraude dans les veines avec la calcite et la pyrite.

Chaque inclusion que vous verrez dans une émeraude colombienne est une trace directe de cette histoire : la pyrite vient de la réduction des sulfates, la calcite et la dolomite des carbonates de la veine, l'albite de l'albitisation des schistes, les particules noires du schiste hôte lui-même. Lues ainsi, les inclusions sont les archives du gisement.
Où se trouvent les mines d'émeraude en Colombie
Toutes les mines colombiennes se situent dans la Cordillère orientale, au nord et au nord-est de Bogotá. Elles se répartissent en deux alignements distincts, séparés par une centaine de kilomètres, de part et d'autre de la cordillère.
Les deux ceintures émeraudifères de la Cordillère orientale. L'occidentale, autour de Muzo et Coscuez, fournit l'essentiel de la production de qualité gemme ; l'orientale, autour de Chivor, un vert souvent plus frais.
Cette séparation n'est pas seulement géographique. Les deux ceintures ont des âges de formation différents, la ceinture orientale étant datée plus ancienne que l'occidentale. Elles présentent aussi des signatures chimiques distinctes, que les laboratoires utilisent pour les départager.
Le marqueur le plus employé est le rapport vanadium sur chrome. Il se situe généralement en dessous de 0,75 pour les pierres de la ceinture orientale, et au-dessus pour celles de la ceinture occidentale, souvent même au-delà de 1. C'est un indice sérieux, mais qui reste un indice, à croiser avec d'autres analyses.
Muzo, Coscuez, Chivor : les grandes mines colombiennes
Chaque zone minière a sa réputation et ses tendances. Une précision s'impose d'emblée : ces caractères sont des tendances statistiques, pas des lois. Il existe des pierres claires à Muzo et des pierres profondes à Chivor.
Muzo
Ceinture occidentale · BoyacáLa référence mondiale. Vert profond avec une pointe de bleu, très lumineux. Cristallisation dans la calcite, encaissant graphiteux noir. C'est la zone où l'on rencontre le plus classiquement les inclusions triphasées, et la seule où la parisite a été identifiée.
Coscuez
Ceinture occidentale · BoyacáVoisine de Muzo, très belles pierres au vert légèrement moins bleuté. La pyrite y est fréquente. C'est aussi de Coscuez que proviennent certains des plus beaux exemples de zonation de croissance en zigzag observés sur des bruts.
Chivor
Ceinture orientale · BoyacáRoche encaissante différente, vert souvent décrit comme plus frais, plus clair, parfois plus pur. Berceau historique des émeraudes trapiche, et zone de référence pour les pierres à rapport vanadium sur chrome bas.
La Pita
Ceinture occidentale · BoyacáGisement récent, découvert il y a une vingtaine d'années. Les cristaux y sont souvent plus petits mais d'un vert gazon très saturé, qui lui a valu une réputation rapide auprès des négociants.
Peñas Blancas
Ceinture occidentale · BoyacáZone productive de la ceinture occidentale, qui fournit régulièrement du matériau de qualité commerciale à bonne, et figure parmi les rares sources connues d'émeraudes trapiche.
Gachalá
Ceinture orientale · CundinamarcaCélèbre pour l'émeraude Gachalá, un cristal de 858 carats découvert en 1967 et aujourd'hui conservé aux États-Unis. Production plus irrégulière, mais des pierres d'un caractère reconnaissable.
Les laboratoires certifient un pays, très rarement une mine. Un rapport indiquera « Colombie », mais tranchera exceptionnellement entre Muzo et Coscuez. Une origine-mine ne se prouve donc pas par la gemmologie seule : elle repose sur une traçabilité documentée, c'est-à-dire une chaîne de possession écrite. Méfiez-vous de tout vendeur qui affirme « Muzo » sans pouvoir produire cette chaîne.

Histoire de l'émeraude de Colombie, des Muiscas à aujourd'hui
Bien avant les Européens, les peuples précolombiens exploitaient déjà ces gisements. Les techniques d'extraction étaient maîtrisées autour de 500 après J.-C., et l'émeraude circulait comme bien d'échange et objet rituel dans toute la région andine. Les Muzos, peuple qui a donné son nom à la mine, et les Muiscas plus au sud, en faisaient un usage sacré.

L'arrivée des Espagnols change tout. La conquête du territoire muzo est longue et violente : il faut près de cinq décennies aux conquistadors pour en prendre le contrôle, la région étant l'une des plus difficiles à soumettre de toute la Nouvelle-Grenade. Les mines de Muzo sont officiellement redécouvertes par les Espagnols en 1564.
Suit une longue période de contrôle colonial, de 1600 à l'indépendance de 1819. Les émeraudes colombiennes alimentent alors les cours d'Europe, mais aussi, par le commerce maritime, celles de l'Empire moghol et de l'Empire ottoman. C'est la raison pour laquelle on retrouve aujourd'hui des émeraudes colombiennes dans les collections impériales indiennes et turques de cette époque.
Les pierres qui ont marqué l'histoire
| Pierre | Poids | Découverte | Particularité |
|---|---|---|---|
| Fura | 11 000 carats | 1999, Muzo | L'un des plus gros cristaux d'émeraude jamais extraits, nommé d'après la mythologie muisca |
| Tena | 2 000 carats | 1999, Muzo | Découverte avec Fura, dont elle porte le nom du compagnon mythologique |
| Gachalá | 858 carats | 1967, Gachalá | Conservée à la Smithsonian Institution |
| Patricia | 630 carats | vers 1920, Chivor | Cristal dodécagonal rare, American Museum of Natural History |
| Couronne des Andes | 1 521 carats | période coloniale | 453 émeraudes serties sur une couronne votive en or |
La seconde moitié du XXe siècle est marquée par la guerre verte, un conflit pour le contrôle des mines qui fait plusieurs milliers de morts entre les années 1960 et 1990, avant une pacification progressive à partir de 1993. Aujourd'hui, la région est l'une des plus calmes de Colombie et s'ouvre au tourisme, comme on peut le constater en visitant le musée de l'émeraude de Muzo ou en parcourant la route qui mène de Bogotá aux mines.

Pourquoi le vert des émeraudes colombiennes est différent
L'émeraude est la variété verte du béryl, colorée par le chrome et le vanadium. En Colombie, ces deux éléments proviennent des schistes noirs eux-mêmes, lessivés par les saumures. Mais ce qui distingue vraiment le vert colombien tient à ce qui manque dans la pierre autant qu'à ce qui s'y trouve.
Il donne un vert intense et provoque une fluorescence rouge sous certaines lumières, visible au microscope sur les pierres de très haute qualité.
C'est le point décisif. Peu de fer signifie un vert qui ne bascule ni vers le bleu froid ni vers le gris. La chaleur du vert colombien vient de là.
Sa proportion par rapport au chrome distingue les deux ceintures et sert de marqueur analytique en laboratoire.
Un aspect velouté et moiré dû à une croissance perturbée. Rare, très recherché, il fait monter la valeur d'une pierre de façon significative.
Le terme gota de aceite, littéralement « goutte d'huile », mérite une explication car il est constamment mal compris. Il ne désigne pas un traitement. C'est un phénomène de croissance naturel : une cristallisation columnaire perturbée, parallèle aux faces basales, qui crée un effet soyeux, presque moiré, dans la pierre. La coïncidence de vocabulaire avec l'huilage est malheureuse, mais les deux n'ont rien à voir.

Une pierre présentant un bel effet gota de aceite se négocie avec une prime notable par rapport à une pierre équivalente sans cet effet. La raison est simple : le phénomène est rare, il intensifie la perception de la couleur, et il constitue en outre un indice sérieux d'origine colombienne.
Les inclusions d'une émeraude de Colombie et ce qu'elles prouvent
C'est la partie la plus technique de ce guide, et la plus utile si vous achetez. Les inclusions d'une émeraude colombienne forment un ensemble cohérent qui raconte sa formation, et certaines d'entre elles permettent une détermination d'origine solide en laboratoire.
L'inclusion triphasée, la signature classique
C'est le marqueur le plus connu. Une cavité microscopique piégée dans le cristal pendant sa croissance contient trois phases simultanées : un liquide salé, une bulle de gaz, et un petit cube solide de halite, c'est-à-dire de sel gemme cristallisé. Le contour de ces cavités est souvent dentelé, en dents de scie.
Leur présence s'explique directement par la genèse du gisement : ces cavités ont emprisonné un échantillon de la saumure elle-même, et le sel a cristallisé en refroidissant. On observe des inclusions triphasées dans d'autres gisements du monde, mais rarement avec cette fréquence ni cette netteté.
Représentation schématique. Une cavité emprisonnant la saumure d'origine, où le sel a cristallisé en cube au refroidissement.
La parisite, le marqueur exclusif
C'est le plus fort des indices d'origine. La parisite, un carbonate de terres rares, se présente en cristaux prismatiques bien développés, brun-jaune au microscope. À ce jour, elle n'a jamais été observée dans des émeraudes d'une autre provenance, et sa présence est associée aux schistes noirs de la zone de Muzo.
Pour la Colombie, la parisite joue le rôle que joue la signature unique du saphir du Cachemire : lorsqu'un gemmologue en identifie une, la question de l'origine est pratiquement close.
Le cortège minéral
Le reste des inclusions solides reproduit fidèlement le cortège de la veine minéralisée.
| Inclusion | Aspect au microscope | Origine dans le gisement |
|---|---|---|
| Pyrite | Cristaux octaédriques ou arrondis, éclat métallique laiton selon l'angle d'éclairage | Réduction thermochimique des sulfates au contact de la matière organique |
| Calcite, dolomite | Cristaux rhomboédriques, couleurs d'interférence vives sous polariseurs croisés | Carbonates de la veine hôte |
| Albite | Cristaux tabulaires transparents et incolores, à six côtés | Albitisation des schistes noirs par les saumures |
| Quartz | Prismes incolores, parfois doublement terminés | Minéral accessoire de la veine |
| Particules noires | Amas pulvérulents opaques, souvent en essaims | Fragments du schiste noir encaissant |
| Anhydrite, fluorite | Cristaux rhomboédriques ou isolés, rares | Héritage des évaporites et des fluides |
Un détail utile à l'achat : la présence d'essaims de particules noires et de minuscules cristaux agglomérés est typique des qualités moyennes à basses, mais on en rencontre aussi dans de très belles pierres. Ce n'est donc pas, à soi seul, un critère de déclassement.
Les structures de croissance
Au-delà des inclusions minérales, la manière dont le cristal a poussé laisse des traces visibles, et certaines sont spectaculaires.
Très marquée dans les bruts colombiens. Sur les qualités moyennes, elle est souvent soulignée par des agglomérations de schiste noir qui épousent le motif hexagonal.
Une zonation en dents de scie, rare en général, parfois observée en Colombie sous une forme très nette. On la retrouve aussi au Nigeria, en Zambie et au Panjshir.
Une structure de croissance torsadée en trois dimensions, très rare, observée principalement dans les pierres colombiennes. À connaître car elle existe aussi dans certaines synthétiques.
Une structure en damier irrégulier, souvent associée au gota de aceite et à l'effet mariposa. Ces trois phénomènes accompagnent les belles couleurs.
L'émeraude trapiche de Colombie, comment elle se forme
Le trapiche est la formation la plus spectaculaire de l'émeraude colombienne. Six rayons sombres partent d'un cœur central et séparent six secteurs de béryl vert, dessinant une roue. Son nom vient du trapiche, la roue dentée des moulins à canne à sucre colombiens.
Contrairement à une idée très répandue, ce n'est pas une macle. Il s'agit d'un cristal unique dont les six secteurs de croissance se sont développés à des vitesses légèrement différentes. Aux limites entre ces secteurs se sont accumulées des impuretés, principalement de la matière charbonneuse issue des schistes noirs, accompagnée d'autres minéraux. Ce sont elles qui dessinent les rayons. Le sujet est détaillé dans notre article sur les macles et formations particulières de l'émeraude.
Les gemmologues distinguent deux types de cœurs : un cœur hexagonal bien formé, et un cœur ponctuel réduit à un point d'où partent directement les rayons. Cette différence de morphologie est l'un des critères d'appréciation d'un trapiche de collection.
Les deux morphologies de trapiche. Les six secteurs verts sont un seul et même cristal, séparés par les impuretés piégées à leurs limites de croissance.
Les trapiches proviennent presque exclusivement de la partie occidentale de la Cordillère orientale, notamment des zones de Muzo, Coscuez et Peñas Blancas. Quelques découvertes très rares ont été signalées au Brésil et à Madagascar. Ils représentent une fraction infime de la production colombienne, ce qui explique leur statut de pierre de collection et les prix qu'ils atteignent. Nous en proposons quelques exemplaires dans notre sélection d'émeraudes trapiche.

Prix d'une émeraude de Colombie au carat
La Colombie est le premier producteur mondial en valeur. Sur les parts de marché exactes, il faut être prudent : on lit couramment des chiffres de 70 à 90 % du marché mondial, mais ces estimations mélangent souvent volume et valeur, et les évaluations les plus rigoureuses situent plutôt la Colombie autour de 50 à 60 % de la valeur mondiale. La Zambie la dépasse d'ailleurs en volume brut extrait.
Ce qui n'est pas discuté, en revanche, c'est la prime de prix attachée à l'origine. À qualité comparable, une émeraude colombienne certifiée se négocie 30 à 50 % au-dessus d'une zambienne équivalente. Cette prime tient à la couleur, à la notoriété historique, et à la demande des collectionneurs et des grandes maisons.
| Palier | Prix indicatif au carat | Ce que cela correspond |
|---|---|---|
| Commerciale | 50 à 300 € | Vert pâle ou trop sombre, inclusions bien visibles, traitement important |
| Bonne qualité | 500 à 3 000 € | Couleur soutenue, inclusions présentes mais discrètes, traitement mineur à modéré |
| Qualité fine | 3 000 à 10 000 € | Vert vif, pierre transparente, traitement mineur, origine certifiée |
| Exceptionnelle | 10 000 € et plus | Vert intense saturé, propre à l'œil, sans traitement ou traitement insignifiant |
Ces fourchettes sont des ordres de grandeur pour des pierres taillées prêtes à monter, avec certificat. Le détail des sept critères qui font varier ces prix est développé dans notre guide sur le prix d'une pierre émeraude.

1,08 ct · taille à degrés
9 720 €

4,87 ct · carré à pans coupés
19 400 €

0,84 ct · taille émeraude
1 700 €

1,20 ct · carré à pans coupés
1 650 €

1,37 ct · tranche
580 €

2,35 ct · deux tranches
1 240 €
Chaque pierre est vendue à l'exemplaire. Prix TTC, référence Johya et rapport de laboratoire inclus.

Entre le prix payé au mineur et le prix payé par le client final européen, le rapport va couramment de 1 à 10, parfois de 1 à 50. Cet écart ne relève pas de l'abus : il paie la perte à la taille, qui consomme 40 à 60 % du poids brut, la certification, les droits d'export, la TVA à l'import, et la succession d'intermédiaires. C'est pour cela que nous achetons sans intermédiaire : vous payez la pierre, pas la chaîne.
Comment acheter une émeraude de Colombie sans se tromper
Trois vérifications suffisent à éliminer l'essentiel des mauvaises surprises.
Exiger un certificat, et savoir le lire
Un rapport de laboratoire indépendant doit mentionner au minimum le poids, les dimensions, la nature de la pierre, le niveau de traitement et, pour ce qui nous intéresse, l'origine géographique. Les laboratoires de référence sont GIA, Gübelin, SSEF et AGL au niveau international, CDTEC et ICGL à Bogotá pour le colombien. Sans certificat, l'origine annoncée par un vendeur ne vaut rien.
Comprendre le niveau de traitement
La quasi-totalité des émeraudes du marché sont huilées à l'huile de cèdre, qui comble les fissures de surface et améliore la transparence. C'est une pratique ancienne et acceptée. Les laboratoires en indiquent le degré, d'aucun à important (insignifiant, mineur, modéré, important), et l'écart de prix entre les extrêmes est considérable.
En France, le décret n° 2002-65 du 14 janvier 2002 encadre ces déclarations. Son article 3 dispense de la mention « traité » les imprégnations par une substance incolore fluide, ce qui couvre l'huilage traditionnel. Mais son article 10 impose en parallèle une information du consommateur, y compris en vente à distance. Un vendeur qui reste évasif sur les traitements se place hors de ce cadre.
Distinguer le pays de la mine
C'est le point sur lequel le plus d'acheteurs se font avoir. Un laboratoire certifie un pays. L'affirmation « Muzo » relève d'un autre registre, celui de la traçabilité documentée : factures, identité du négociant, date et lieu d'achat, documents d'export. Les deux registres sont légitimes, mais ils ne se prouvent pas de la même manière, et il faut se méfier de tout vendeur qui les confond.
Nous achetons à Muzo, au bord de l'Itoco, à Chivor et à Coscuez, et documentons chaque pierre : lieu d'achat, poids relevé à chaque étape, rapport de laboratoire. C'est ce qui nous permet de dire d'où vient une pierre sans dépasser ce que nous pouvons prouver. Nos émeraudes de Colombie sont présentées avec ces éléments.
Questions fréquentes sur l'émeraude de Colombie
Pourquoi les émeraudes de Colombie sont-elles considérées comme les meilleures ?
Pour une raison chimique avant d'être culturelle. Leur formation dans des schistes noirs sédimentaires, sans intrusion granitique, leur donne une teneur en fer très basse. Or le fer refroidit et grise le vert. Peu de fer et beaucoup de chrome produisent ce vert chaud et lumineux qui sert de référence mondiale depuis cinq siècles.
Où se trouvent les mines d'émeraude en Colombie ?
Toutes dans la Cordillère orientale, au nord de Bogotá, réparties en deux ceintures. La ceinture occidentale, dans le département de Boyacá, regroupe Muzo, Coscuez, La Pita, Peñas Blancas, Maripí et Quípama. La ceinture orientale, à une centaine de kilomètres, comprend Chivor, Gachalá et Macanal.
Comment reconnaître une émeraude colombienne ?
Les marqueurs les plus fiables sont les inclusions triphasées, une cavité contenant un liquide, une bulle de gaz et un cube de sel, et surtout la parisite, un minéral jamais observé dans les émeraudes d'autres provenances. S'y ajoutent la pyrite, les carbonates rhomboédriques et un effet gota de aceite. Seul un laboratoire peut conclure formellement.
Qu'est-ce que le gota de aceite ?
Un phénomène de croissance naturel qui donne à la pierre un aspect velouté et moiré, dû à une cristallisation columnaire perturbée. Ce n'est pas un traitement, malgré son nom qui signifie « goutte d'huile ». C'est un effet rare, recherché, qui augmente la valeur et constitue un indice d'origine colombienne.
Quelle est la différence entre une émeraude de Muzo et une de Chivor ?
Muzo, en ceinture occidentale, donne classiquement un vert profond avec une pointe de bleu. Chivor, en ceinture orientale, un vert souvent décrit comme plus frais et plus clair. Les deux ceintures se distinguent analytiquement par leur rapport vanadium sur chrome. Mais ces caractères sont des tendances, pas des règles absolues.
Un certificat peut-il prouver qu'une émeraude vient de Muzo ?
Presque jamais. Les laboratoires certifient un pays, et tranchent exceptionnellement entre deux mines voisines. Une origine-mine ne se prouve pas par la gemmologie seule : elle repose sur une chaîne de possession documentée. C'est une distinction essentielle, et un vendeur sérieux la fait spontanément.
Combien coûte une émeraude de Colombie ?
De 50 € le carat pour une pierre commerciale à plus de 10 000 € pour une qualité exceptionnelle. Le cœur du marché, pour une pierre certifiée de bonne qualité, se situe entre 500 et 3 000 € le carat. À qualité comparable, comptez 30 à 50 % de plus que pour une zambienne.
Toutes les émeraudes colombiennes sont-elles huilées ?
La très grande majorité, comme partout dans le monde. L'huilage à l'huile de cèdre comble les fissures de surface et améliore la transparence. Il est réversible et accepté par le marché, à condition d'être déclaré. Les pierres sans aucun traitement existent, sont rares, et se négocient avec une prime importante.
L'émeraude trapiche vient-elle uniquement de Colombie ?
Presque. Les trapiches proviennent essentiellement des mines de Muzo, Coscuez et Peñas Blancas, dans la partie occidentale de la Cordillère orientale. De très rares découvertes ont été signalées au Brésil et à Madagascar. Ils restent une fraction infime de la production colombienne.
Sources : données géologiques du site patrimonial du gisement de Muzo publiées par l'Union internationale des sciences géologiques ; littérature gemmologique de référence sur les inclusions et la détermination d'origine ; décret n° 2002-65 du 14 janvier 2002 relatif au commerce des pierres gemmes ; observations réalisées sur nos propres pierres et lors de nos voyages d'achat en Colombie. Les schémas sont des représentations de principe, non à l'échelle.