Émeraude d’Australie
L’Australie extrait de l’émeraude depuis 1890, d’abord près d’Emmaville en Nouvelle-Galles du Sud, puis à Poona en Australie-Occidentale. Plus d’un siècle d’exploitations intermittentes n’en a jamais fait une origine courante sur le marché. La mine de Curlew, relancée en 2023, a remis quelques pierres dans le commerce, en quantités comptées en kilogrammes.
L’émeraude d’Australie en bref
- Régions
- Nouvelle-Galles du Sud, dans le New England, et Australie-Occidentale
- Premiers gisements
- Emmaville, exploité dès 1890 ; Poona, où un premier cristal est remis au musée géologique en 1909
- Sites documentés
- Emmaville, Torrington et Fielders Hill, Poona, Menzies, Riverina, Curlew
- Production récente
- Curlew, quelques kilogrammes de matière de qualité gemme pendant la saison 2023
- Sur le marché
- Rare, et sans prix de référence publié par une source indépendante
- Particularité
- À Poona, une minéralisation datée d’environ 2,64 milliards d’années, la plus ancienne décrite en 2017
Où trouve-t-on des émeraudes en Australie ?
Les sites connus se partagent entre les deux bouts du continent. À l’est, Emmaville, Torrington et Fielders Hill appartiennent au New England, en Nouvelle-Galles du Sud. À l’ouest, Poona, Menzies, Riverina et Curlew se trouvent en Australie-Occidentale, Curlew étant le plus au nord, dans le Pilbara oriental.
| Gisement | Région | Découverte | Situation documentée |
|---|---|---|---|
| Emmaville | Nouvelle-Galles du Sud | Exploité dès 1890 [1] | Mine fermée en 1897, recherches intermittentes jusqu’en 1963 |
| Torrington et Fielders Hill | Nouvelle-Galles du Sud | Émeraude zonée décrite par l’Australian Museum [2] | Tentative commerciale au début des années 1990, abandonnée faute de volume [1] |
| Poona | Australie-Occidentale, district de Cue | Premier cristal en 1909, étude géologique en 1912 [3] | Exploitations intermittentes ; mine souterraine ouverte en 1979, arrêtée en 1980 |
| Menzies | Australie-Occidentale, à l’ouest de Menzies [2] | 1974 [1] | Exploitation irrégulière depuis la découverte |
| Riverina | Australie-Occidentale, à 6 km au nord de la station de Riverina | Connu depuis la fin des années 1970 [4] | Travaillé de façon sporadique, petites quantités de matière à facetter |
| Curlew | Pilbara oriental, Australie-Occidentale | Exploité officiellement depuis le milieu des années 1970 [5] | Arrêt des années 1980 à 2011 ; production de qualité gemme en 2023 |
Une confusion revient souvent dans les recherches. La ville d’Emerald, dans le Queensland, tient son nom d’un ancien domaine pastoral, Emerald Downs, et ses environs sont connus pour leurs saphirs. Aucune des sources géologiques citées ici ne situe de gisement d’émeraude dans cet État.
Histoire des émeraudes australiennes : les premiers gisements
L’émeraude australienne a une histoire plus longue que sa réputation. La première exploitation démarre près d’Emmaville en 1890. L’Australie-Occidentale suit avec Poona, où les premières pierres taillées partent vers Londres avant la Première Guerre mondiale.
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1890
Premières extractions d’émeraude et de béryl vert près d’Emmaville. L’Emerald Proprietary Company y sort une grande quantité de cristaux vert pâle à vert vif, dans les hautes terres du New England. [1] [2]
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1897
Seule une petite part du béryl extrait est de bonne qualité et la mine ferme. Les recherches reprennent par intermittence de 1908 à 1963, avec peu de succès. Au début du XXe siècle, la région a livré plus de 53 000 carats de béryl et d’émeraude en une vingtaine d’années, soit environ 10 kg. [1]
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1909
Sur le champ d’étain de Poona, l’ingénieur des mines de l’État obtient d’un prospecteur un gros cristal de béryl trouble et le remet au musée géologique. Le géologue H.P. Woodward étudie le secteur en 1912. [3]
Lire la suite de l’histoireDe 1912 à 2023
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1912 à 1914
Les premières pierres de Poona sont souvent pâles, plus nettes à mesure que les puits s’enfoncent. L’une d’elles, ramenée de huit à cinq carats à la taille en Europe, est vendue 100 livres à un négociant londonien. En 1914, un expert du Montana Sapphire Syndicate visite le gisement, puis la guerre arrête le projet. [3]
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1927 à 1933
À Londres, les actions de Star Emeralds, la société qui exploite Poona, s’envolent puis s’effondrent en 1928. Environ 4 000 carats sortent de la mine dans les douze mois qui précèdent juin 1931. Fin 1933, la société a abandonné ses concessions. [3]
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Années 1970
Menzies est découvert en 1974 et Curlew entre en exploitation officielle au milieu de la décennie. À Poona, la relance du gisement donne à la mine principale son nom de mine de l’Aga Khan. La participation de l’Aga Khan III aux exploitations des années 1920, souvent racontée, n’a jamais été établie. [1] [3] [5]
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1979 et 1980
Une exploitation souterraine démarre à la mine de l’Aga Khan et s’arrête dès l’année suivante, à cause de difficultés d’exploitation. [1]
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Début des années 1990
Une tentative d’exploitation commerciale à Torrington tourne court, faute de pierres en quantité suffisante. [1]
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2023
Après un arrêt des années 1980 à 2011, Curlew produit de nouveau de la matière de qualité gemme. Les premières pierres de cette saison entrent dans le commerce international fin 2023. [5]
À quoi ressemble une émeraude d’Australie ?
Chaque gisement donne des pierres différentes. Emmaville a livré des cristaux vert pâle à vert vif et Riverina des pierres vert clair, quand Curlew produit des émeraudes riches en fer. Aucun de ces aspects ne suffit pourtant à signer l’origine.
Emmaville et Torrington · Des cristaux zonés
À Fielders Hill, près de Torrington, le vert forme des zones nettement délimitées dans du béryl incolore. Taillé perpendiculairement à l’axe du cristal, ce matériau donne une émeraude classique ; taillé parallèlement, une pierre rayée. Deux pierres d’un même secteur peuvent donc avoir un aspect très différent. [2]
Poona · Un gisement de 2,6 milliards d’années
Une datation de la monazite situe la minéralisation de Poona autour de 2 636 millions d’années, ce qui en faisait en 2017 la plus ancienne minéralisation d’émeraude décrite. Le chrome provient des amphibolites et des roches vertes, le béryllium des filons de pegmatite. [6]
Certaines inclusions fluides y sont allongées dans l’axe du cristal et renferment du liquide avec une phase gazeuse. Elles renseignent sur la formation de la pierre, sans prouver à elles seules une origine australienne. [7]
Riverina · Des pierres vert clair
En 2019, le SSEF a examiné une petite série de pierres de 2,01 à 5,80 carats, d’un vert plutôt clair, avec une zonation prismatique et des tubes creux parallèles à l’axe du cristal. Le cadre géologique rappelle celui de Kafubu, en Zambie. [4]
Curlew · Un profil riche en fer
Les 69 pierres étudiées par le GIA présentent une forte bande d’absorption vers 810 nm, liée à leur teneur en fer, et un indice de réfraction de 1,580 à 1,586. Au microscope apparaissent des inclusions fluides à deux phases, des paillettes de mica sombre, du feldspath et de la fluorite. [5]
Réputation, marché et origine
Quelle réputation ont les émeraudes australiennes ?
Dans le commerce, l’Australie passe pour une origine rare et ingrate. À propos des pierres de Riverina, le SSEF, institut gemmologique suisse, écrivait en 2021 que ces émeraudes australiennes ne se rencontrent que rarement dans le commerce. Dans le Journal of Australasian Mining History, Jim Enever conclut que Poona est resté une source de frustration pour ses exploitants.
Les gisements ont bien donné des pierres, parfois belles, jamais en volume suffisant pour tenir un marché. En 1914, l’expert envoyé à Poona décrivait un approvisionnement assez sûr en émeraudes de qualité moyenne, avec la possibilité de trouver des pierres plus fines. Cette promesse ne s’est pas concrétisée à l’échelle commerciale. [3] [4]
Chez les amateurs de minéraux, l’image est meilleure. Enever décrit Poona comme un site que les prospecteurs amateurs veulent avoir fait au moins une fois. [3]
Les émeraudes d’Australie sont-elles commercialisées aujourd’hui ?
Oui, en très petites quantités. La mine de Curlew a produit quelques kilogrammes de matière de qualité gemme pendant la saison 2023, et ses pierres sont entrées dans le commerce international à la fin de cette même année.
Les exploitants de Curlew prévoyaient d’augmenter la production en 2024. Nous n’avons trouvé aucune source indépendante qui chiffre le niveau atteint depuis. Riverina n’a livré que de petites quantités, de façon sporadique, et les gisements historiques sont fermés ou exploités de manière irrégulière. [1] [4] [5]
Faute de prix de référence publié par une source indépendante pour l’émeraude australienne, cette fiche n’en avance pas. Une pierre d’Australie se juge sur les mêmes critères que toute émeraude, détaillés dans notre guide du prix d’une émeraude.
Nous ne vendons pas d’émeraudes australiennes. Notre sélection est consacrée aux émeraudes de Colombie, achetées sur place, sans intermédiaire, et certifiées.
Comment reconnaître une émeraude d’Australie ?
L’œil ne suffit pas. Pour Curlew, le GIA montre que la composition en éléments traces sépare ces pierres des autres sources riches en fer, à condition de croiser plusieurs éléments pour les distinguer des émeraudes russes ou nigérianes. Leurs caractéristiques les rapprochent des émeraudes de schiste riches en fer de Zambie, du Brésil ou de Russie. Avant d’acheter une pierre présentée comme australienne, vérifiez que le rapport du laboratoire indépendant comporte bien une opinion d’origine. [5]
Comparer avec d’autres origines
Sources et références
- Geoscience Australia, Emerald. Découvertes, périodes d’exploitation et production.
- Australian Museum, Emerald. Emmaville, Torrington et Fielders Hill.
- Jim Enever, An Intriguing Story: Poona and the Aga Khan Emerald Mine. Journal of Australasian Mining History, vol. 17, octobre 2019.
- SSEF, Emeralds from Riverina, Australia. Juillet 2021, d’après Facette n° 26.
- Vertriest, Wongchacree et Sakpanich, New Emerald Production from the Curlew Mine, Western Australia. Gems & Gemology, été 2024.
- Morteani et Rhede, The multi-fluid metasomatic genesis of the Archean Poona emerald deposit. Periodico di Mineralogia, 86(3), 2017.
- Marshall et al., Pressure–Temperature–Fluid Constraints for the Poona Emerald Deposits. Minerals, 6(4), 130, 2016.
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